Un peu d’histoire
Flandre du Sud : la renaissance des noms propres flamands.
Depuis quelque temps, on observe en Flandre française, ou Flandre du Sud, un regain d’intérêt rapide pour le retour aux noms d’anciennes fermes, de champs et de rues dans leur forme flamande d’origine. Une association, aux côtés du Comité pour la Flandre française, qui apporte son aide dans ce domaine, c'est EUVO, dont le nom est l'abréviation des mots « EUropa der VOlkeren» ou « Europe des Peuples ». L'association a été fondée en 1984 à Bruges et est issue du mouvement de jeunesse « Gamma ». Après une brève période de rodage, le nord-ouest flamand de la France a été choisi comme champ d'action.
Noms de fermes
Après une étude de marché approfondie, le projet initial consistait à commercialiser le fromage de l’abbaye trappiste du Catsberg. Le Catsberg est situé juste sur la frontière, en Flandre du Sud. EUVO est devenue l’organisme chargé de l’importation et de la vente. Ce fromage est commercialisé depuis déjà quatre ans dans la région de Bruges et les bénéfices, qui s’élèvent à plus de 400 000 BF, sont reversés à l’enseignement du néerlandais du côté français de la frontière. Les fonds ont été acheminés vers la Flandre du Sud par l’intermédiaire du Comité pour la Flandre française (KFV). En 1989, la restauration de cinq chapelles dédiées à Notre-Dame en Flandre du Sud a été lancée ; il s’agit de chapelles de campagne portant des inscriptions en vieux flamand. Ces travaux ont été réalisés dans le cadre de chantiers organisés par des étudiants de Bruges. C’est ainsi que nous avons été confrontés au désir de nombreux Flamands du Sud, particulièrement sensibilisés à cette question, de « reflamandiser » le paysage urbain. Ces dernières années, de nombreuses grandes communes ont supprimé les noms de rue francophones et ont réintroduit les anciennes appellations « flamandes », datant pour la plupart d’avant Napoléon. J’écris délibérément « flamandes », car les administrations communales ont généralement repris l’ancienne orthographe d’avant 1800. On trouve ainsi partout « straete » et non « straat », « houck » et non « hoek », « scheure » et non « schuur ». Dans ce cadre de « néerlandisation » du paysage urbain, la restauration des anciens noms de fermes s’inscrit également dans cette région rurale presque idyllique.
Délimitation du champ d’action
Nous développons notre propre stratégie en contact permanent avec les habitants sur place :
a. là où le burgemeester (le maire) souhaitait coopérer, nous avons commencé. Nous avons trouvé douze maires « flamands » ;
b. là où nous avons trouvé un homme de confiance pouvant servir de guide ou d’intermédiaire, nous avons également commencé ;
c. là où la population parlait encore un dialecte néerlandais, nous avons pris contact ;
d. tout cela se déroule entre la frontière belge de la province de Flandre Occidentale et la rivière l’Aa, à environ 45 km à l’intérieur du territoire français.
Cette région est le Westhoek français, qui appartenait historiquement au comté de Flandre et où l’on parlait à l’origine le néerlandais. D’un point de vue historique également, il s’agit de la moitié de l’ancien évêché d'Ypres. Dans le *Westvlaams Idioticum* de De Bo, on trouve les noms d’origine de toutes les anciennes fermes ainsi que leur déformation au fil des siècles. Avec l’aide de quelques linguistes, le nom correct a été reconstitué, car il était parfois très déformé. C’est ainsi que nous avons trouvé une ferme appelée « de Neuville ». Ce nom avait été traduit « phonétiquement », car le vrai nom était « Den Heuvel ». À Vleteren, nous avons trouvé « Luysenberg », ce qui n’est pas très élégant pour le nom d’une ferme. On avait omis la première lettre. À l’origine, c’était le « Cluysenberg ». À Killem, nous avons découvert « La Bulle », alors qu’il s’agissait en réalité de « De Bulte », une élévation du relief. Certains noms remontent au XIIe siècle, par exemple Hofland à Rubroek, Engelshof à Bambeke et 't Abtshof à Kwaadieper, ainsi que Sint Maartens Fonteyne à Wulverdinge.
Auberge « Heegernest » à Ekelsbeke. « Heeger » est le mot en Flandre du Sud désignant le héron.
L’action elle-même
Au cours des premiers mois de 1990, la ligne de travail suivante a été élaborée. Tout d’abord, nous devions rechercher dans le Westhoek français, les anciennes fermes portant des noms néerlandais. Nous en avons trouvé au moins une centaine. Il a ensuite fallu obtenir l’autorisation de l’agriculteur, et parfois du propriétaire, pour rétablir le nom d’origine de la ferme. Il a ensuite fallu fixer une date pour inaugurer, lors d’une petite cérémonie, les panneaux indiquant le nom des fermes. Nous avons ensuite recherché en Flandre des parrains désireux de prendre en charge le parrainage d’une ferme moyennant une contribution de 1 000 BF, puis la date de l’inauguration a été annoncée, après concertation. Au cours des récentes vacances de Pâques 1990, les 24 premiers panneaux ont été installés et inaugurés. Une vingtaine d’autres seront installés vers le 1er juillet prochain.
Constatations
Du côté de la Flandre méridionale, nous n’avons rencontré aucune opposition. Nous avons été chaleureusement accueillis dans les fermes et les mairies. Lors de l’installation, c’était partout une « fête flamande ». On a également constaté un certain soulagement chez les habitants. En effet, dans le langage populaire, on avait continué à utiliser les anciens noms flamands, que l’on peut désormais à nouveau afficher ouvertement. De nombreux parrains souhaitent entretenir un contact durable avec la ferme qu’ils parrainent. Des relations se nouent, par exemple grâce à l’envoi de photos de la cérémonie d’inauguration. Auprès du public flamand, cette initiative est perçue comme bienvenue et sympathique. Grâce à nos contacts lors de la phase préparatoire, nous découvrons d’autres possibilités. Ainsi, deux maires de petites communes rurales demandent de trouver des sponsors pour tous les noms de rue de l’ensemble de leur commune. Ils demandent aux sites touristiques de reprendre leur ancien nom flamand. Il est également demandé que les anciennes auberges retrouvent leurs anciens noms, tels que Hagedoorn, Kruysstraete, Hofland, Heegernest ou 't Meuletje. Même parmi les gens ordinaires, la conviction est vive que cette partie du nord de la France se tournera, dans l’Europe d’après 1992, vers la zone linguistique néerlandaise. Il est très difficile de décrire une action qui ne date que de quelques mois. Nous ne pouvons donc que présenter un aperçu de quelques faits que notre groupe de travail EUVO a contribué à réaliser.
Dr L. VRANCKX
Publié dans la revue Neerlandia. Année 94 (1990) 114-115,
rédigé par le fondateur et premier président de l’EUVO.