Que représente Euvo ?
Karel Appelmans : « Les panneaux en néerlandais plaisent aux Flamands de France »
L'association Euvo a installé plus de 1 000 panneaux en néerlandais

Karel Appelmans, âgé de 78 ans, est un natif du Brabant flamand qui a perdu son cœur en Flandre française. Il dirige Euvo, l’une des associations les plus dynamiques de Flandre française, qui veille à la présence de plaques en néerlandais sur les maisons et les bâtiments, et restaure également les anciennes inscriptions.
Vous êtes flamand et néerlandais de cœur et d’âme. Comment cela s’est-il fait ?
« Ce n’est pas de famille : je suis né d’une mère française originaire de Chartres et d’un père flamand. C’est grâce au corps enseignant exceptionnel de l’Institut Sint-Joris à Bruxelles que je me suis intéressé à l’histoire flamande. »
Je nous revois encore défiler dans le centre-ville de Bruxelles, accompagnés d’une fanfare et de nombreux drapeaux du Lion.
« Et aussi grâce à la section locale de la KSA, avec laquelle nous avons mis sur pied toutes sortes d’activités. Je pense notamment au cortège de l’Épiphanie, organisé en collaboration avec le collège Sint-Jan-Berchmans et l’Institut Sint-Thomas. Je nous revois encore défiler dans le centre-ville de Bruxelles, accompagnés d’une fanfare et de nombreux drapeaux du Lion. »
Tu es parti t’installer en Flandre française il y a quelques années. Comment s’est passée la transition ?
« Pour certains en Flandre française, je reste encore un étranger. Mais la plupart m’ont désormais accepté comme l’un des leurs. Sur le plan administratif, ça a été un véritable casse-tête. Compte bancaire, assurance maladie et paperasse en tout genre : ça a été un véritable parcours du combattant. »
Via Cyriel Moeyaert vers Euvo
Comment es-tu entré en contact avec la Flandre française ?
« Par l’intermédiaire de Johan Van Herreweghe, de Gentbrugge, décédé bien trop jeune. Johan était actif au sein du groupe de travail « De Nederlanden ». C’est là que j’ai fait la connaissance de Cyriel Moeyaert et de Gijs van Ryckeghem, deux éminents spécialistes de la Flandre française. C’est grâce à ces nouvelles amitiés que j’ai fini par rejoindre Euvo. »
Euvo, que signifie ce nom ?
« Cela signifie Europe des Peuples. Le fondateur d’Euvo, l’abbé Luc Vranckx, décédé en 2014, avait un grand attachement pour la Flandre française. Et aussi pour d’autres peuples opprimés en France et, par extension, en Europe. Il a eu l’idée d’apposer des panneaux en néerlandais sur d’anciennes fermes portant des noms historiques. Après le décès de Luc Vranckx, toute l’équipe a pris ses responsabilités. Et c’est ainsi que je me suis peu à peu complètement investi dans cette aventure. »
Inscriptions en néerlandais
Euvo s’est spécialisé dans les inscriptions en néerlandais sur les maisons et les bâtiments. Racontez-nous.
« Nos activités se sont désormais considérablement étendues à tous les types d’inscriptions en néerlandais. Non seulement sur des fermes historiques, mais aussi sur des maisons, des églises, des chapelles, les noms de hameaux, la restauration d’anciens monuments, des tombes, etc. Le fil conducteur est le suivant : préserver et promouvoir les inscriptions en néerlandais et en flamand en tant que patrimoine culturel. »
Euvo est également active en Flandre occidentale ?
« L’asbl Euvo a son siège au musée en plein air de Bachten de Kupe, à Izenberge. Ce lieu d’implantation permanent, dont nous sommes ravis, a vu le jour grâce à l’aide de Mark Ingelaere, connu pour ses enregistrements des derniers locuteurs du flamand occidental dans le Westhoek français, et à l’hospitalité de Marcel Messiaen, qui, à 100 ans, est le plus vieux directeur de musée de Flandre. »
Vous installez également des panneaux en néerlandais en Flandre occidentale ?
« Nos panneaux sont depuis peu également disponibles en Flandre occidentale, où ils sont également installés gratuitement par nos collaborateurs. Un président est impuissant s’il ne dispose pas d’une équipe de collaborateurs. Je ne saurais trop remercier Edgard Stubbe, de Ruddervoorde, et Lucien Maes, de Gistel, sans oublier leurs épouses. »
Des panneaux jaunes et noirs partout
L’action menée par Euvo connaît un grand succès en Flandre française. Vos panneaux jaunes et noirs sont aujourd’hui omniprésents et se distinguent dans le paysage. Comment expliquez-vous ce succès ?
« Cela parle aux Flamands de France : nous comblons un vide. Ces personnes ont besoin d’un repère pour affirmer leurs convictions et leur identité. À titre d’information : fin 2021, nous avons dépassé les 1 000 panneaux. »
Félicitations, Karel ! Quel genre de personnes demandent ce type de panneau ? Sont-elles attachées à la Flandre ?
« Des gens ordinaires qui travaillent, beaucoup d’agriculteurs, mais aussi des municipalités — qui demandent l’inscription « Wethuys » pour leur mairie — et même un membre de la noblesse. Toutes ces personnes ont un attachement à la Flandre. Certaines sont même des Flamands convaincus. »
Recevez-vous parfois des remarques de la part des autorités locales en France ? Y a-t-il parfois des résistances ?
« Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons jamais reçu de remarques négatives de la part d’aucune autorité, bien au contraire. Ce sont parfois elles qui en font la demande. Le remplacement et la correction des noms de hameaux se déroulent également sans encombre. »
Je vois des panneaux avec un texte en néerlandais. Et d’autres en flamand occidental. D’où vient cette différence ?
« C’est une question ouverte. Une personne qui parle encore le flamand occidental préfère généralement un panneau dans la langue régionale. Les Flamands francophones qui apprennent et parlent le néerlandais préfèrent un texte en néerlandais. »
Restauration
Restaurez-vous également d’anciennes inscriptions en néerlandais sur des tombes, des chapelles, etc. ?
« Je suis très heureux que vous me posiez cette question. Je tiens ici à rendre un hommage tout particulier à Edgard Stubbe qui, avec Christin Gernaey et Jacques Hullebusch, s’est chargé de cette lourde tâche. Il y a quelques semaines encore, ils ont nettoyé la tombe du leader flamand Jean-Marie Gantois. »
Quelle est votre position personnelle dans le débat qui oppose les partisans du flamand occidental à ceux qui défendent le néerlandais ?
« Sans vouloir faire de politique, car je ne m’engage ni dans des discussions ni dans des polémiques à ce sujet. Je partage le point de vue du Michiel de Swaenkring, de l’Andries Stevenkring et de bien d’autres encore : le flamand occidental ne peut survivre qu’en reconnaissant le néerlandais comme langue d’enseignement en Flandre française, et même au-delà . »
L’identité flamande au-delà de la Schreve
Quels sont les principaux sujets qui préoccupent les Flamands de France ?
« Pour Euvo, j’effectue chaque année des dizaines de visites à domicile. Ce qui me frappe, c’est que dans chaque maison, on trouve un drapeau au lion ou un blason. C’est le témoignage de leur identité et de leur attachement à la Flandre, alors que la langue flamande est en train de disparaître. On ne parle jamais de politique. »
Comment cela fonctionne-t-il ? Que doit faire un Flamand de France pour obtenir une plaque en néerlandais ?
« C’est très simple. On nous appelle sur mon portable ou on nous envoie une demande par e-mail. Ensuite, je me rends sur place pour choisir le nom en concertation avec la personne concernée, après quoi la plaque est fabriquée et installée gratuitement. »
De quelle(s) plaque(s) et/ou restauration es-tu le plus fier ?
« Difficile à dire. Toutes les plaques et restaurations me tiennent particulièrement à cœur. Tu veux quand même un exemple ? L’année dernière, à Quaëdypre, nous avons pu restaurer entièrement des briques effritées portant d’anciens textes néerlandais qui avaient pratiquement disparu. Un véritable tour de force de notre équipe ! »
Beaucoup de travail en perspective
Quels sont les projets d’Euvo pour cette année ? Y a-t-il des projets intéressants en perspective ?
« Il y a beaucoup à faire. Nous souhaitons notamment commencer à dresser un inventaire général de toutes les inscriptions flamandes dans les communes de la Flandre française. Nous nous baserons sur la liste figurant dans l’ouvrage de Bert Bijnens, Zuid-of Frans-Vlaanderen. »*
Toute aide et tout soutien financier sont toujours les bienvenus !
« Il a été publié en 1964 et doit donc être actualisé. Mais c’est là que le bât blesse : c’est une tâche titanesque et la question est : qui va retrousser ses manches ? À cela s’ajoute le fait que tout cela coûte de l’argent. Toute aide et tout soutien financier sont toujours les bienvenus ! »
Karel, je te remercie pour cet entretien.
*La Flandre du Sud ou Flandre française, publié par le Cercle d’histoire locale Bachten de Kupe en 1964.
Entretien avec Wido Bourel, publié sur Widopedia : 29/01/2022
Vous trouverez l'article original dans : Neerlandia, 2018 (vol. 122), n° 3, p. 35, voir https://www.anv.nl/het-west-vlaams-een-regionale-taal-frankrijk.
Et sur le site Doorbraak: https://doorbraak.be/karel-appelmans-het-spreekt-de-frans-vlamingen-aan-wij-vullen-een-leemte-in/